Olivier Lordonnois, directeur général du Mark Hotel, New York
• 9 oct, 2012 • Catégorie: Ville en vue •Physique de jeune premier et esprit affuté, Olivier Lordonnois est le directeur général du Mark hotel, cet hôtel de légende new-yorkais, récemment réinventé en totalité. Il parle de son établissement luxueux et de son métier avec passion et se livre, avec humour, à quelques unes de mes questions plus personnelles.

Pourquoi êtes vous devenu hôtelier? En fait c’était une passion qui m’animait depuis déjà tout petit. J’ai eu un parcours assez différent de celui de mes pairs en ce sens que j’ai fait des études de droit et qu’en même temps j’ai travaillé dans plusieurs hôtels. Et j’ai dû arriver au bout de mes études de droit pour ensuite avoir la possibilité de poursuivre cette passion à plein temps. Je n’ai pas fait d’école hôtelière. J’ai une maîtrise de droit et des années d’expérience dans cette profession. Ce qui m’a motivé c’est avant la passion de ce métier, enfin plutôt de ces métiers puisque c’est la combinaison de talents et de métiers différents, et c’est je pense, de manière ultime, l’envie de servir, l’envie de faire plaisir aux gens. C’est cela qui est très important. En fait, je n’ai pas suivi le parcours classique, même si ensuite j’ai été à Cornell University pour des cours très précis.
Comment est-on choisi pour devenir directeur général du Mark hôtel? Je crois que l’hôtel en lui-même dégage quelque chose d’éminemment européen déjà; Jacques Grange aux commandes pour la rénovation et l’architecture d’intérieur, Jean-Georges Vongorichten aux cuisines et aussi, au premier étage, Frédéric Fekkai qui a un de ses salons de coiffure dans nos murs. Il y a une approche vraiment très européenne. Et donc je pense que les propriétaires se sont dit «pour chapeauter l’ensemble il faut quelqu’un qui comprenne cette façon de faire les choses et qui enrichisse la fonction de son expérience de directeur d’hôtel plus européen». On apporte une attention, un service et une personnalisation dans le service qui est plus d’inspiration européenne qu’américaine.
Ressentez vous un challenge différent par rapport aux autres hôtels que vous avez dirigés? Après avoir fermé pendant trois ans pour cette rénovation totale, il était important de relancer l’hôtel de façon à ce qu’il puisse retrouver son public. Et il y a eu un gros effort au niveau de la commercialisation, de la stratégie tarifaire et pour trouver tous les ambassadeurs qui nous permettent de remplir l’hôtel toute l’année. C’était un vaste chantier après trois années de fermeture totale. Et c’est donc à ce challenge auquel je m’attelle en priorité. Le Mark Hotel n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était auparavant. On a gardé uniquement la façade de l’hôtel. Il s’agit d’une rénovation plus que profonde. Il ne reste aucun élément de l’ancien Mark à part la façade et la porte d’entrée. Ça a été vraiment une renaissance et il nous a semblé plus important d’insister sur autre chose que sur le passé de l’hôtel.
Y a t il une philosophie particulière au Mark? Je pense qu’il y a énormément de soin apporté à la personnalisation du service. Trop souvent dans les hôtels aux Etats-Unis vous êtes accueillis par des gens de la réception, des assistants managers, des adjoints de direction mais pratiquement jamais par le directeur général, et c’est ce que je m’applique à faire à l’hôtel. Je suis très présent. On a la chance d’être un hôtel indépendant avec moins de contraintes au niveau du reporting au quotidien et donc ma présence dans l’hôtel, que ce soit dans le lobby au moment de l’arrivée et du départ des clients ou au restaurant, est plus forte.

Qu’aimez vous qu’un client vous dise en partant? «Je ne souhaite qu’une chose, c’est de revenir». On se bat tous les jours pour que les clients deviennent des clients fidèles et qu’ils parlent de l’hôtel à tous leurs amis, à tous les gens qui les entourent, et qu’ils reviennent.
Quelles sont vos niches de clients? L’Europe, évidemment, est un marché sur lequel on concentre tous nos efforts. Et également le Brésil. Je crois que les brésiliens aiment beaucoup cette influence européenne dans la décoration de l’hôtel et au niveau de la restauration. Je crois qu’ils apprécient cette façon de servir différente. De surcroit on a mis en place depuis un an un service check-in 24h sur 24. A partir du moment où les clients nous donnent leur heure d’arrivée, ils peuvent venir à 7 heure du matin, on garantit que leur chambre est prête quand ils arrivent. Donc vous n’avez pas l’inconvénient d’attendre votre chambre pendant des heures, ce qui convient très bien aux brésiliens qui sont par habitude les premiers à atterrir à New York. Grâce à cette nouvelle habitude les gens du Brésil sont très satisfait et très nombreux.
Qu’est ce que vous leur recommanderiez? Quelle serait une journée typiquement new yorkaise? Je pense qu’il faut évidemment profiter de l’Upper East Side. On est à un demi bloc du parc, c’est le poumon de la ville et c’est important d’aller s’y promener. On est aussi dans ce que l’on appelle le «Museum mile», une partie de la ville qui dispose de nombreux musées, le MET, le Whitney, le Guggenheim et bien d’autres. C’est déjà une matinée bien remplie. Et il ne faut pas oublier le reste de la ville. J’aurais tendance à dire un diner au Minetta Tavern (111 Macdougal St New York, NY 10012 – Tel. (212) 475-3850) qui est un endroit assez exceptionnel. Et puis une promenade sur la High Line qui est un peu comme la coulée verte de Paris. C’est un joli programme à New York. Mais c’est vrai que ce que nos clients apprécient c’est de pouvoir se promener dans le parc. Il y a une nouvelle dynamique qui s’est installée dans l’Upper East Side. De nombreuses boutiques que l’on avait plutôt l’habitude de voir downtown et des marques connues qui s’adressaient à un public plus jeune et plus enclin à aller dans le sud de la ville, ont ouvert autour de chez nous. Par exemple tout au long en bas de notre hôtel vous avez Zadig & Voltaire, la boutique Rag & Bone, ou J.Crew qui est aussi toute proche, ce sont des boutiques très intéressantes à visiter à 2 ou 3 minutes de chez nous. Et puis il y a des restaurants que j’aime beaucoup, par exemple Caravaggio (23 East 74th Street New York, NY 10021 – tel. (212) 288-1004), un restaurant italien, sur la 74ème qui est probablement un des meilleurs restaurants italiens de New York, à Midtown il y a aussi le Monkey bar (60 East 54th Street New York, NY 10022 – tel. (212) 308-2950) un restaurant très sympa que j’aime beaucoup. Certains restaurants japonais comme Sushi Sasabune (1417 South King Street Honolulu, HI 96814 – tel. (808) 947-3800) qui est un secret bien gardé et Sushi of Gari (402 East 78th Street (b/w 1st & York Avenues) New York, NY 10075. TEL: 212-517-5340.) qui est dans l’Upper East Side, pas très loin de l’hôtel.
Si l’Upper East Side était un quartier Parisien? Ce serait, je pense, le Triangle d’or, avec la proximité de la Seine qui serait l’équivalent de Central Park, et puis les boutiques de Madison, les boutiques de Luxe sont un peu comme le bout de l’avenue Montaigne, près des Tuileries mais avec des magasins très haut de gamme.
Pour quelle star française vous aimeriez organiser une party dans votre hôtel?
Jean Dujardin. Récemment oscarisé. On a quelques stars françaises, quelques personnalités françaises déjà, mais pour l’instant ce sont principalement des américains.
Si le Mark était une chanson? Ce serait une chanson d’une artiste que j’aime beaucoup qui s’appelle Esthero (voir sa chaine Youtube). Un peu easy listing, très très agréable. Contemporaine, américaine.
Si le Mark hôtel était un livre? Oh vous savez c’est toujours Comédie humaine ici, il se passe toujours tellement de choses dans un hôtel. Donc, oui, la «Comédie humaine».
Qu’aimeriez vous que l’on dise de vous quand vous êtes absent? «Je n’attends qu’une chose, c’est de le revoir».
Quelle est la fin idéale d’une journée? Autour d’un bon repas, avec mes amis.
Qu’écririez vous sur une carte postale à l’amour de votre vie qui n’a pas pu venir avec vous? «Tu ne rates rien».
Quelle chose extraordinaire aimeriez vous faire dans une chambre d’hôtel? Dans tous les cas, rien de salissant. On est très à cheval sur la propreté des chambres. Je n’aimerais rien faire qui endommage ou qui salisse une chambre. J’aurais plutôt tendance à dire recevoir des amis pour un déjeuner ou un diner. J’aimerais aussi que l’on puisse laisser un espace à des artistes pour y créer, mais le turnover rend les choses difficiles. Mais pourquoi pas accrocher de l’art dans les chambres.
Avec quel héros ou héroïne aimeriez vous voyager? J’aurais beaucoup aimer voyager avec Philippe Noiret, un acteur que j’aimais beaucoup. Quelqu’un de très amusant, très passionné et qui savait également prendre le temps d’apprécier les bonnes choses de la vie.
De quand date votre dernier fou-rire? C’était avec quelques amis que j’avais réunis hier soir autour d’une table.
Est ce que vous vous mettez en colère? Ça arrive. Ce sont des colères froides généralement. Ce ne sont pas des colères très expressives. Et vaut mieux ne pas être autour pendant ces moments là.
Quel est votre mot favori? J’aime bien le mot piédestal. Ce mot sonne bien, et en plus c’est peut être à cause de mon côté compétitif, il me donne l’impression qu’on est sur la première marche d’un podium.
C’est votre objectif pour le Mark Hotel? Qu’il soit sur la première marche? Absolument. J’ai vraiment envie que le Mark soit reconnu comme l’un des premiers hôtels à New York, si ce n’est le premier. Et je pense qu’il le mérite. Même si il y a beaucoup de nouveaux hôtels à New York je pense qu’il n’y en a aucun qui ait la résonnance que possède cet hôtel… dans sa personnalisation, dans son style, dans l’ensemble des services qui sont proposés. Je trouve qu’il est vraiment unique et mon souhait serait qu’un maximum de gens puisse y séjourner.
Y a t il un mot que vous détestez? La fainéantise. Même la sonorité est devenue très négative à mon oreille. Je travaille dans un métier qui exige de vous d’aller jusqu’au bout des choses et de faire le maximum en permanence.
Un hôtel de luxe ouvre sur la lune et on vous en confie la direction générale, comment voyez vous cela? J’imagine beaucoup de poussière. Ce doit être compliqué. Il va falloir mettre des équipes à la hauteur de la tâche. Pas de bruit. J’imagine un hôtel très calme, très paisible. Je ne sais pas si je prendrai le job, mais au moins je le considérerais.
The Mark Hotel – New York (5 East 77th Street New York, NY – Tel (866) 744-4300
Interview – Orso Filippi – Juin 2012
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